Jean Claude Hiquet | D'ici à demain
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La Commune de Paris: Panthéon de la Gauche

La commune de Paris, sujet tabou de la République

 

La commune de Paris est tabou. C'est un épisode tragique dont on a trop peu parlé
Il s'agissait d'une révolution populaire qui à vu à Paris et dans plusieurs villes de France, la prise de pouvoir de citoyens défendant la cause d'une République sociale revendiquée depuis les événements de 1848.

C'est un mouvement communal, un pouvoir citoyen qui s'est installé à Paris du 18 Mars au 28 Mai 1871. Il est inspiré d'idées variées: le mouvement coopératif du 19ème siècle, un socialisme libertaire, l'internationale existant depuis peu, les clubs qui se sont multipliés, et un sentiment patriotique de résistance.

On parle peu de la commune de Paris. Peu de choses dans les livres scolaires. Ce fut un épisode qui a produit beaucoup de drames et qui n'honore pas les débuts de notre république. Au même titre que la colonisation c'est une tache sombre dans la mémoire nationale. 
On a trop peu parlé de la commune et on en a mal parlé
Jean Claude Guillebaud évoquant le livre de Ludivine Bantigny "La commune au présent" indique:" j'avait une image très négative de la commune. Ce livre m'a fait comprendre que j'avais tort" et il ajoute " l' Écrasement du peuple de Paris par les "versaillais" fut d'une sauvagerie que la postérité a plutôt choisi d'oublier". Il conclut" Après avoir regardé en face les débordements barbares de notre armée en Algérie, qu'attendons nous pour faire de même avec l'écrasement de la commune".

 

La commune est née du sentiment d'une double trahison des élites qui détiennent le pouvoir:

+  Une trahison politique

-  La trahison de l'empire qui non seulement réprime tous les mouvements revendicatifs mais aussi, mène une guerre qui fait honte à la France et au sentiment patriotique très vivace dans les milieux populaires.

-  La trahison de la République qui après avoir annoncé qu'elle poursuivrait le combat, renonce et capitule, quitte Paris pour Bordeaux, abandonne l'Alsace et la Lorraine et permet aux Prussiens de défiler dans Paris. Sur l'assemblée nationale à Bordeaux, Baudelaire écrira:" C'est là que la France va être exécutée"

+ Une trahison morale. La vie est dure à Paris. Il faut manger et supporter le siège. Les personnes aisées ont pu fuir la capitale. Le peuple est en première ligne. Pendant ce temps on parlemente avec l'envahisseur et on mène grand train de vie à Bordeaux. Sous le titre "la vie de château" Cathy Lafon écrit dans Sud Ouest: "les députés en résidence à Bordeaux, si l’on en croit la presse d’alors, mènent une vie de château. Les journaux satiriques parlent d’une « République enjuponnée » tant nombre d’épouses (voire de maîtresses) foulent le pavé bordelais".

 

Dans cette situation insupportablec'est l'esprit de liberté et de résistance qui va l'emporter à Paris ou, devant la désertion des élites, un nouveau pouvoir va s'installer avec un double objectif:

+  Promouvoir une démocratie réelle où chaque citoyen peut s'impliquer dans le cadre de sa commune qui deviendra un lieu de liberté, un lieu de franchises nouvelles. 

+  Promouvoir à l'échelle du pays une République sociale, fédérations de communes, pour sauver la France du désastre

C’est ce que confirme la Commune élue dans son Journal officiel du 21 mars 1871 :

” Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques. ”

 

Dans un contexte de défaite militaire, la République est proclamée sous la pression populaire

Le Peuple a devancé la Chambre, qui hésitait. Pour sauver la Patrie en danger, il a demandé la République… la République est proclamée". C’est par ces mots que Léon Gambetta proclame la République depuis le balcon de l’Hôtel de Ville de Paris, le 4 septembre 1870

Mais l'assemblée nationale était composée d'une majorité capitularde
L'insurrection du 18 mars, suivie de la proclamation de la Commune de Paris, sépare durablement "la gauche républicaine et bourgeoise " d'une initiative populaire, à laquelle le mouvement ouvrier et socialiste va s'identifier par la suit

Les députés étaient à  Bordeaux depuis le 9-12-1970, ils vont délibérer à Versailles à partir du 10 mars.

Le comité central de la Commune, lui, s'installe à l'Hôtel de Ville, et reproduit en son sein toutes les divisions de la gauche. Des anarchistes aux membres de l'Internationale de Marx, la Commune ne comprend pas moins de sept tendances, qui s'accordent douloureusement sur les mesures d'urgence et l'organisation de la défense.

Malgré cela l'œuvre de la commune est importante dans tous les domaines à commencer par la solidarité et la défense de Paris. Il convient d'y ajouter cette démocratie vivante qui a fonctionné dans ce Paris "libéré" du 18 mars au 28 mai 1871.

Tout cela s'achèvera par le bain de sang que sera la répression, infligée, aux communards par le gouvernement versaillais au nom ... de la République. Ce fut " la semaine sanglante" avec au moins 20000 victimes et nombre de déportés (dont Louise Michel). Seul l'exil a permis d'échapper à la déportation en Nouvelle-Calédonie.

 

Il serait juste que la République se regarde elle même, dans un moment officiel, qui montre l'histoire telle qu'elle a été. La République est sortie traumatisée de cette période. Ce n'est qu'en 1975 que l'on osera procéder à de nouvelles élections municipales à Paris.

Mais les divisions de la Commune pèseront longtemps sur la gauche, même si la cruauté des Versaillais offre un terrible mythe fondateur. Ce n'est qu'en 1905, sous l'impulsion de Jaurès, que les socialistes refont leur unité, pour la défaire à nouveau en 1920 à Tours. C'est une  autre histoire.

                                                                       Jean Claude Hiquet 9-04-2021

Sources.

-  Les archives de Paris. http://archives.paris.fr/r/290/la-commune-de-paris/
-  Numéro spécial "Tribune socialiste" hebdo du PSU de mai 1971
-  Préparations de cours.
- Sud Ouest et ses archives. Sud Ouest Dimanche du 4-04
-  Photos personnelles à la butte aux caille et au Père Lachaise
-  Revues "l'histoire" et "le peuple français"

 Commune de Paris Chronologie.
Avant la commune.
 

+  1789/95. Première commune de Paris.Le 1er maire est Jean-Sylvain Bailly.

 

+  À partir de l’année 1859 on assiste à une véritable renaissance du mouvement ouvrier. De 1859 à 1864, on voit se multiplier les organisations ouvrières de consommation et de production sous l’influence des idées de Proudhon.

+ 25 mai 1864. légalisation du droit de grève et de coalition.

Et en 1864/65. Nombreuses grèves dont celles des ouvrières et ouvriers relieurs parisiens. 

+ Année 1869. De nombreuses grèves. L.’ensemble des mines du bassin stéphanois s’étaient mises en grève pour la journée de huit heures et une augmentation de salaires. Les mineurs avaient mis en place dès 1866 une caisse de secours, La Fraternelle.

 

À Aubin, près de Decazeville, la grève est relativement spontanée. Les mineurs sont traités comme des serfs. L'armée interviendra. Il y aura 17 morts dont un enfant de sept ans.

+  19 juillet 1870. La France déclare la guerre à la Prusse dans un contexte de forte crise sociale.     

+  2 septembre1870. Capitulation de Sedan. Napoléon ΙΙΙ prisonnier.

+  4 septembre 1870Proclamation de la République par Gambetta à l'hôtel de ville sous la pression de la foule. 

Formation d'un gouvernement de défense nationale présidé par le général Trochu. Il promet de continuer la lutte. Et le 19 blocus de Paris.

+  5 septembreVictor Hugo rentre à Paris acclamé par la foule.

Dès son arrivée, il écrit un "Appel aux Allemands" dans lequel il rappelle que "les deux nations ont fait l'Europe... Cette guerre, est-ce qu'elle vient de nous ? C'est l'Empire qui l'a voulue, c'est l'Empire qui l'a faite. Il est mort... Nous n'avons rien de commun avec ce cadavre" . Quand il voit l'étau se refermer sur Paris, il annonce que la ville se défendra
Il ne veut pas d'un soulévement en présence de l'ennemi.

+  7 OctobreLéon Gambetta organise la résistance et quitte Paris en ballon

 

+ 27 octobre. Capitulation de Bazaine à Metz et vague de mécontentement à Paris

+ 9 décembre. le gouvernement se replie à Bordeaux qui devient pour la première fois de son histoire, capitale de la France.

+ 5 janvier. Début du bombardement de Paris par les Prussiens et nouvelle défaite le 19.
+ 16 janvier. l'Assemblée nationale est élue avec pour mission de signer la paix. Représentant de la Seine, Victor Hugo quitte Paris pour Bordeaux, siège de cette assemblée. Les républicains patriotes (Gambetta, Louis Blanc, Brisson, Clemenceau) dont Victor Hugo est proche sont très minoritaires dans cette assemblée qui élit Thiers chef du gouvernement.

+  28 janvier. Au grand théâtre de Bordeaux Jules Favre signe un armistice avec Bismarck. L’accord prévoit l’élection puis la convocation d’une Assemblée nationale qui devra décider si elle accepte ou pas une paix définitive.

 L'Allemagne annonce qu'elle ne traitera qu'avec un gouvernement issu d'une assemblée élue. Les élections du 8 février donnent une majorité de monarchistes mais Paris avait donné une majorité républicaine

+  17 février 1871Adolphe Thiers est désigné chef de l'exécutif. Il est connu pour son conservatisme et sa volonté farouche de soumettre Paris.

+  1er Mars. les Allemands avaient obtenu de Thiers le droit de défiler sur les Champs-Élysées. Un affront qui n'est pas indiferrent au déclenchement de la commune de Paris.

A Bordeaux L'assemblée ratifie les préliminaires de paix prévoyant la perte de l'Alsace et de la Lorraine et l'occupation d'une partie de Paris par 30000 prussiens.

Charles Baudelaire, alors journaliste écrira sur l'assemblée siégeant au grand théâtre: « Imaginez une chapelle ardente ; on entre là, à deux heures, avec du soleil plein les yeux, et l’on tombe dans une salle éclairée par trois lustres. En bas, les banquettes rouges ; sur la scène, dont le rideau est levé, une tribune et une estrade tendues de draperies pourpres, au milieu d’un décor de salon. C’est là que la France va être exécutée. »
.Le traité préliminaire est adopté par 546 voix contre 107. Émile Kruss, le maire de Strasbourg en meurt sur le coup. Victor Hugo est parmis les 107 et reprend ses propos sur l'Europe « Soyons la même République, soyons les États-Unis d’Europe, soyons la fédération continentale, soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle ! »
+ 10 mars. L'assemblée nationale s'installe à Versailles la ville des rois. La coupe est pleine pour le peuple de Paris et les trahisons sont consommées. 
+ 13 mars. Victor Hugo démissionne et regagne Paris où il enterrera son fils Charles, mort d’apoplexie dans le fiacre qui le conduisait au Café de Bordeaux. En plein soulèvement de la Commune de Paris, les insurgés vont escorter le convoi funèbre jusqu’au caveau familial du Père Lachaise.   JCH

La commune de Paris
18 mars / 28 mai
.

 

+ 18 mars 1871. Echec de la reprise des canons situés sur la butte Montmartre. Clémenceau Maire ne parvient pas à trouver un compromis. La troupe envoyée par Thiers fraternise avec les manifestants. Le général Lecomte, à la tête de l'opération, est fusillé par ses propres soldats, ainsi que le général Thomas

Le gouvernement quitte Paris de même que le préfet Jules Ferry.
Le comité central de la commune s'installe à l'Hôtel de ville.
+ 19 mars
. Le comité central de la garde nationale gère Paris: occupation des principaux édifices; levée de l'Etat de siège; libération des détenus politiques; Elections municipales annoncées pour le 26 mars. 
Le début de l’insurrection a des allures de printemps, les ouvriers tiennent le pavé, ils chantent : « Tout le monde aura du pain, du travail et du bon vin »

+ 26 Mars. Elections d'un conseil municipal. La commune est proclamée le 28. Et le 29 première séance de la commune: 10 commissions reprenant les attributions des anciens ministères; Remise des loyers d'octobre 1870, de janvier et d'avril 1871.

+ 2 avril. Fixation du maximum des traitements à 6000 Francs. Decret sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. 
Le 3 une marche sur Versailles est opérée. Ce sera un échec. Massacre des prisonniers communards à Chatou.

+  3 avril. Défaite des fédérés à Ruell

+  8 avril. Appels à la paix par exemple celui de la Franc maçonnerie
+ 14 et 16 avril. Les Maires d'arrondissement sont désignés par les conseils municipaux. Confiscation des ateliers abandonnés par leurs patrons depuis le siège. Réquisition des appartements vacants pour les habitants des quartiers bombardés. Interdiction du travail de nuit des boulangers.

+  19 avril. La commune publie son programme. Proclamation au peuple des campagnes.

+ 27 avril. Interdiction des amendes et retenes sur salaire. Une commission est chargée d'organiser l'enseignement laîc, primaire et professionnel.

+  1er mai. Constitution d'un comité de salut public de 5 membres.
Restitution gratuite des objets en gage au mont de piété d'une valeur de moins de 20 francs.
+  3 mai. Décret sur le contrôle des marchés passés par l'intendance militaire. Les versaillais attaquent Clamart et Résistance au fort d'Issy.

+  10 mai. Le gouvernement de Thiers signe la capitulation et la paix avec l'Allemagne au traité de Francfort.

+ 16 Mai. Démolition de la colonne Vendome.

+  21 Mai. Début de la semaine sanglante.
130 000 hommes commandés par Mac Mahon pénétrent dans Paris par la porte St Cloud dégarnie. Résistance désorganisée de la garde nationale et des parisiens

Le 22 début des exécutions sommaires.

+ 23 mai. Prise de Montmartre par les Versaillais. Cours spéciales pour juger les insurgés.
Défense de la "Butte aux cailles". Cessent de paraître le Cri du Peuple (n°83) et le Père Duchêne (n°68).
+ 24 Mai. Les Versaillais atteignent le Louvre et massacrent les fédérés. La commune est transférée dans la Mairie du 9ème. Premières exécutions d'otages dont l'Archvèque de Paris Mr Darboy.

Incendie du Palais royal, de la préfecture de police et de l'hotel de ville.

+ 25 Mai. Les Versaillais attaquent 9ème et 13ème. Dernière réunion de la Commune. Résistance place de la République. Massacres dans les rues.

Les 24 et 25 mai : Bataille de la Butte-aux-Cailles. Lors de la Commune de Paris, les 
« fédérés de la Butte-aux-Cailles », commandés par Walery Wroblewski repoussent par quatre fois les troupes versaillaises. La place de la Commune-de-Paris, à l'angle des rues Buot et de l'Espérance, perpétue le souvenir de ce mois de mai. 
+ 27 mai. Attaque contre le Père Lachaise. 1600 tués ou fusillés par les Versaillais. Résistance dans le 20ème.

+  28 mai.  Exécutions en masse par les Versaillais à la mitrailleuse. Dernières barricades rue du faubourg du temple et rue Rampeneau. 147 fédérés sont fusillés par les Versaillais au cimetière du Père Lachaise. La répression fait 25000 morts.  JCH

 

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